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Among Other Trees

Un blog sur mon quotidien à l'étranger - My Blog on my daily life abroad

Barcelona : Campagne amputée

Publié le 4 Mars 2017 par Bobbie in Barcelone, Bouffe, HangingOut, Boulot, Activité, PhD

Depuis le bus, en arrivant à Palamòs, je la distingue, cette silhouette qui est pratiquement comme une seconde maison pour moi. Le Garcia del Cid.

 

Me revoilà à son bord pour 15 jours de campagne en Mer Méditerranée. C'est un grand plaisir d'embarquer avec l'équipage. On a beau dire que le Garcia del Cid n'est pas le plus confortable des bateaux de recherche parce qu'il est petit, il bouge beaucoup et que ça sent pas la rose ( sauf quand Felix est dans sa cuisine), le petit monde qui est à bord efface ces inconvénients avec un gros trait bien noir ( ou du Blanco). 

 

A bord, pratiquement rien de nouveau dans la vie : quelques nouvelles têtes dans l’équipage et peu de changement dans les manipulations des filets. Bien que nous travaillons dans la même zone que la campagne CONECTA (inutile de s’illusionner dans des voyages vers l’Italie, ou la côte algérienne. Voir d’autres ports n’est pas encore dans mes cordes), le projet WINFISH vise également les micro organismes présents dans la mer mais l’espèce visée est le Merlan bleu (Maire en Catalan), soit : Micromesistius poutassou et particulièrement son état larvaire et embryonnique.

 

A dose de MOCNESS, BONGO, NEUSTON et Mesopelagos, nous échantillonnons la mer sans trop bouger de la zone au large de Palamòs puisque nous faisons essentiellement des prélèvements verticaux dans la colonne d’eau, au dessus de la plateforme continentale, sur le talus et en pleine-eau. La principale nouveauté est la filtration des zooplanctons qui se passe de la même manière que la filtration de l'eau pour les profils de CTD ( Chlorophylle, Temperature, Densité). Sinon, tous nos échantillonnages se passent comme avec CONECTA.

 

Barcelona : Campagne amputéeBarcelona : Campagne amputée
Barcelona : Campagne amputée

Le problème de cette campagne est qu’elle se passe dans les mêmes conditions que CONECTA. MAIS : nous sommes en hiver. Alors cette habitude d’avoir chaud du matin au petit jour, de porter des shorts et de s’endormir sous un soleil accablant, elle s’envole en fumée bien que mon organisme en garde encore une forte impression. Il fait froid. Froid lors de nos tours de garde de 4h du mat à 8h, froid dans la couchette, froid sur le pont. Il fait  froid au point que prendre une douche tend entre le dilemme de l’eau chaude qui coule ou de se déssaper et vivre dans l’humidité 20 minutes. Gros dilemme, je dis.

L’humidité n’est pas un problème en soit. Sauf quand les vêtements sont trempés. Ils ne sèchent pas et faut travailler avec, dans le froid. Autant lors de la campagne de cet été, se faire éclabousser n’était pas un  problème, autant à présent, il faut faire attention. 

Humidité quand tu nous tiens

Humidité quand tu nous tiens

En hiver, la mer Méditerranée est de mauvais poil. Elle est lunatique et agitée. Adieu la mer calme, presque d'huile, bonjour les coups de vagues qui viennent vous avertir de se vêtir correctement. Bonjour les coups de vents qui vous empêchent de poursuivre la campagne correctement, voire de nous pousser à s'abriter à Palamòs. Ca fait parti des aléas de la campagne, cependant.

 

Nous en profitons pour sortir dans le port et se dégourdir les jambes. Avec Ignaccio et Anxo, nous nous rejoignons au Can Moni, qui est un pub comme je les aime ouvert le Vendredi et Samedi soir seulement. Il est petit avec ses 3 tables et de quoi accueillir une vingtaine de personne, mais il respire l'ambiance chaleureuse et la bonne entente, que cela vaut largement le coup de se serrer les coudes. Sur les murs, des carrelages peints de différentes bêtises allant d'une scène de pêche, de fête ou de vie quotidienne à des représentations lubriques, humoristiques ou un peu plus osées. Les photos et peintures qui ornent d'autres morceaux de mur ont aussi cette même dualité. Comble du tout, les boissons de bars (vin, bière et vermouth) sont de Catalogne et les tapas sont de la maison, sortant du four. Depuis le temps où nous l'avions repéré avec Florence (en Mai 2016), y mettre les pieds a été une belle découverte.

Can Moni

Can Moni

Can Moni, LE pub de Palamòs

Nous visitons un autre bar (la taverna de l'Ibèric) où le reste de nos collègues nous rejoignent pour un autre verre. Ici, le groupe tente de me faire découvrir ce que sont les Callos a la Catalana. M'affirmant que c'est en goutant le plat que je comprendrais ce que c'est, ils refusent de me révéler la composition. 

Peine perdue pour eux, l'odeur et le visuel ont été analysés deux millième de secondes après que le plat ait été amené sur la table. Il s'agit de tripes dans une sauce au vin et accompagnés de pois chiches. C'est ça d'avoir une partie de la famille en Auvergne, gnark, gnark. C'est de connaitre les tripoux d'Auvergne. Autre peine perdue : ça ne me rebute pas non plus. Bim, fierté française qui prend de l'orgueil.

Et là commence l'anecdote qui pourra être racontée à mes futurs collègues, amis, famille ou évoquée avec humour avec ceux l'ayant vécus. Nous nous sommes arrêtés à Palamós à cause d'un avis de tempête annoncé. Déjà, quand nous rejoignons le bateau après notre tournée de bars, nous avons le droit à notre première coupure d'électricité qui plongent le vieux Palamós dans le noir et rend le port obscur assez flippant. Mais le vent n'est pas encore levé.

Ce n'est que vers 3 heures du matin, réveillée par le sifflement du vent que j'entends au travers de mes boules Quies,  que les prévisions météo s'annoncent vraies. Bercée par les bruits de tempête, je divague un moment avant de sauter du lit pour admirer les forces de la nature faire leur oeuvre. Dans la cabine, j'y vois l'équipage s'activer dehors pour sécuriser les mouvements du bateau. Mais devant moi, s'offre le spectacle du port submergé par les éléments. Nous sommes dans une rade. Donc par définition, l'endroit est censé être protégé. Mais le vent qui atteint les 100 km/h affectent quand même le port. De grosses jappent d'eaux s'envolent et arrosent la mole. La surface de l'eau est déformée par des vagues chaotiques. Je vois déjà des gyrophares de quelques voitures sur le littoral et parfois la lumière de Palamòs vacille dans un quartier puis un autre. Le capitaine surgit enfin pour m'envoyer dans la cafétéria.

Normal, je dérange. Et quelque chose de Fishy se passe. 5 minutes plus tard, le capitaine apparait dans le lieu de vie commune nous demandant de réveiller les autres scientifiques,  de nous vêtir chaudement et de se regrouper à nouveau. Quelques minutes plus tard, il annonce ce que je pressentais : nous devons quitter le navire

Ils prévoient de se défaire du quai pour mouiller en toute sécurité à quelques mètres du pont en béton alors que nous entendons clairement la coque frappée quelques fois le bord. Par sécurité, les scientifiques doivent rester sur terre. Nous descendons un par un au travers de la passerelle envoyé au travers comme un commando quand le balancement du bateau le permet. Une fois tous réunis, nous n'avons plus qu'à chercher un endroit oú nous abriter pour les quelques heures qui suivent. Le plus gros du coup de vent est passé. Mais il est 5 heures du matin, nous sommes encore assaillis par le vent et la pluie et nous sommes dans la rue où des nombreux débris de fenêtres brisées, de branches d'arbre et de poubelle trainent sur la route. 

Barcelona : Campagne amputée

Fort heureusement que les travailleurs du service du matin (Alias : les boulangeries, les marchés de rue) ouvrent tôt pour monter leurs étalages. Et comme ces gens ont aussi besoin d'une dose de caféine, le Bar Barrilet, à l'intérieur du marché abrité, était ouvert. Si cette aventure était un peu fatiguant, découvrir le Palamós des habitants lève-tôt apportait un petit bonheur. Nous y avons attendu les 8 heures du matin avant de s'installer à un autre bar apprécié des buveurs invétérés de la ville : le Casa del Mar, qui fait face à la rade et où nous pouvons voir le Garcia del Cid gentiment secoué par la mer de fond alors que des vagues viennent s'écraser sur la digue faisant des gerbes d'eau des eaux-d'artifices.

A midi, nous rejoignons enfin le Garcia del Cid par zodiaque et les dégâts nous sont montrés depuis l'annexe. Le flanc tribord du bateau semble avoir été attaqués par les griffes de Godzilla. En soit, la peinture est éraflée, et la coque est par endroit déformée mais il n'y a pas de trous ni d'urgence à ce que le Garcia del Cid quitte l'eau. A bord même, l'équipage est épuisé, mais la plupart des objets sont restés à leur place.

Cependant, par sécurité, la campagne est mise en suspens. Nous devons, les scientifiques, quittés le navire comme des rats. Et c'est une peine de s'éloigner du bateau dans ces conditions pressantes.

Dans quelques jours, nous saurons si oui ou non, nous retournons sur le bateau. Pour voir les photographies de l'état du navire, le blog de Félix vous les donnera

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